Astrid Bek, l’âge d’or du recrutement financier à Genève

Portrait d’une des chasseuses de tête les plus connues sur la place financière Genevoise. Elle a connu l’âge d’or du recrutement qui s’est terminé avec la crise de 2008.

Ancienne championne de golf (11 fois primée), cette sportive suisse est « tombée amoureuse » du recrutement financier. Astrid Bek est un mélange de passion et de raison. Italienne par sa mère, son cœur et son sang sont latins mais sa tête est alémanique (par son père). Cette bi-nationale élevée en pensionnat suisse dès ses 8 ans, a très tôt appris à s’adapter. « Avec la Suisse, j’ai développé un certain « nez » pour les gens de toutes les cultures. J’aime le côté paysan et terrien des Suisses et la diversité culturelle de la population. Je parle 5 langues européennes ».

Astrid Bek ici dans son bureau à Genève. Photo Frédéric Laverrière.

En 1988, quand elle lance sa société de recrutement « Objectif Cadres », c’est auprès des banques qu’elle se spécialise. « La Suisse est une bénédiction pour les entrepreneurs. L’administration est simple, il y a une stabilité sociale et une population internationale. Genève était un terrain idéal pour moi ». Pendant 20 ans, jusqu’en 2008, elle vit l’âge d’or de la finance et fait merveille dans cet univers masculin.

« C’était un temps béni des dieux. Je recrutais une centaine de cadres et dirigeants par an. J’ai participé au montage de banques entières. Depuis le PDG, les directeurs financiers, gérants de fortunes, jusqu’aux fiscalistes. Je pourrais écrire un livre sur l’histoire de la banque à Genève. »

C’est aussi elle qui négocie les salaires. Le plus élevé : 2 millions CHF par an. Ses honoraires s’élèvent à 25-30% de la rémunération du candidat. Mais depuis 2008, tout a changé. Exit les mandats pour les middle managers (qui passent désormais par internet). Les salaires –donc les honoraires- ont baissé de 15%. Et un vent de panique s’est installé sur le marché. « La fin du secret bancaire a fait chuter le C.A. des banques de 35%. Les clients demandent des résultats immédiats. Les décisions se prennent dans l’urgence et manquent de vision. Genève doit se réinventer et créer de nouveaux services bancaires ; vendre son « know how » et s’adapter à la mondialisation. Sinon, dans 4 ans ce sera trop tard ». Astrid Bek sait de quoi elle parle. Cette quinqua séduisante a un « nez » pour les candidats comme pour les affaires. Après 23 ans à Genève, elle se relance en 2011 à Singapour.

« Aujourd’hui, il faut être international pour survivre dans la banque. Avant, on engageait sur le CV et les compétences techniques. Maintenant ce qui fait la différence, ce sont les profils internationaux et les « soft skills » : c’est à dire la personnalité du candidat, ses aptitudes intérieures, son « team spirit », son éthique. »‘

Psychologue et intuitive, Madame Bek affiche un tempérament italien dans les affaires. Même en plein cancer en l’an 2000, elle ne quitte pas le navire et surmonte la tempête. Aujourd’hui, elle ne dit plus son âge. Son oncle a 101 ans et est en pleine forme. Elle sent qu’elle peut aller aussi loin.

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