Jean-Jacques Borgstedt, précurseur à Singapour

C’est un capitaine d’industrie comme on n’en voit plus beaucoup. Jean-Jacques Borgstedt a développé son groupe de transports et déménagement local geneveois Pélichet dans 14 pays en Asie. Rebaptisé Asian Tigers, sa base est à Singapour où il est désormais résidant. A 75 ans, il travaille encore à 50% et incarne la première génération des entrepreneurs suisses « mondialisés ».

Jean-Jacques Borgstedt a internationalisé son groupe de déménagement Pélichet rebaptisé Asian Tigers en Asie.

Il n’aime pas qu’on parle de lui et de ses succès. Aucune mention de son nom dans le très beau livre sur les Suisses de Singapour qui vient de sortir. Peu d’entrepreneurs suisses actuels le connaissent sur l’ile. Et ce n’est pas un hasard. Monsieur Borgstedt fait tout pour rester discret. Il n’est d’ailleurs pas homme de média et est resté en cela très Suisse. Humble, fidèle en amitié et entrepreneur dans l’âme… Qu’il m’excuse de le porter ici un instant sur la scène internet, mais Jean-Jacques Borgstedt mérite d’être mieux connu.

Depuis son arrivée à la tête de Pélichet en 1965, Jean-Jacques Borgstedt a vu et a su accompagner la mondialisation. Pour comprendre son implantation en Asie, il faut d’abord passer par les Etats-Unis. Car c’est grâce à son esprit aventurier et à ses réseaux américains que Jean-Jacques Borgstedt s’est développé en Asie.

Je suis parti aux Etats-Unis très tôt au début des années 60 pour un congrès de déménageurs dont personne n’avait entendu parler. C’est là que j’ai rencontré Caterpillar. Ils étaient en train de développer leurs activités « outre-mer » : Caterpillar Overseas. Et ils voulaient installer leur base à Genève.
Juste avant cela, mon père m’avait puni en m’envoyant travailler dans une quincaillerie à Coventry en Angleterre. Du coup, j’ai parlé l’anglais plus tôt et mieux que mes concurrents. C’est comme ça, qu’on a développé notre activité avec des multinationales comme Dupont de Nemours, Caterpillar, Mobile Oil, Procter and Gamble à Genève… C’était la fin des années 60.
Ensuite, j’ai développé l’activité internationale moi-même en direct. Je partais deux fois par an voir mes clients aux Etats-Unis à Cincinatti pour Procter et Gamble, à Peoria, vers Chicago pour aller voir Caterpillar. On faisait des déménagements entiers par avion…

Suivre le parcours de Jean-Jacques Borgstedt, c’est embarquer dans la grande histoire de la mondialisation. Dans les années 60, Genève est aux avant-postes de ce mouvement avec les Nations-Unies et les délégations de personnels et de diplomates venues du monde entier. Jean-Jacques Borgstedt se lie d’amitié avec l’ambassadeur indonésien…

On a décroché le déménagement de la délégation Indonésienne, avec l’ambassadeur indonésien. Je devais lui transporter ses affaires personnelles de Genève vers l’Indonésie. On est devenus amis.
Un an plus tard, il revient à Genève pour une conférence, on va manger ensemble et me dit: « il y a beaucoup de déménagements à faire sur l’Indonésie et on manque de professionnels comme toi. Tu devrais faire du business là-bas ».

Nous sommes au début des années septante, les indonésiens découvrent qu’ils ont du pétrole. La société pétrolière d’Etat Pertamina créée en 1968 devient en quelques années plus puissante que le gouvernement. L’activité économique autour du pétrole devient gigantesque, tous les américains s’installent pour travailler sur les forages, Caterpillar et Schlumberger en tête.

Un bon ami avec qui j’avais travaillé pour Caterpillar : Martin Santini m’appelle des Etats-Unis. Il avait besoin de quelqu’un en Indonésie. Il fallait assurer les déménagements du personnel. Nous avons capté ce marché de transports international en créant ensemble une société de déménagement en Indonésie à Jakarta.

La saga de l’entrepreneur genevois en Asie ne fait que commencer. Qu’il achemine des pylônes dans la jungle pour le développement du téléphone indonésien, où qu’il déménage des expatriés américains à Pékin ou aux Philippines, à chaque fois Jean-Jacques Borgstedt saisi les opportunités pour développer son réseau de transporteurs dans la région Asie et Asie du sud-est. Au final, il est présent dans 14 pays.

Jean-Jacques Borgstedt -en short jaune sur la photo-. L’amitié le sport et les réseaux ont toujours fait parti de sa vie d’entrepreneur.

En tant que transporteur, on a sillonné toute la région pour le compte de toutes les grandes sociétés, conglomérats qui travaillaient au développement de la région Asie du sud-est. Rapidement, je me suis aperçu que tous les expatriés indonésiens installaient leur point de chute, leur base de vie familiale à Singapour. Les femmes d’expatriés choisissaient Singapour car les infrastructures y étaient plus développées. Quand les indonésiens devaient aller à l’hôpital, ils allaient à Singapour.

La cité-Etat est désormais un pays indépendant de la Malaisie depuis 1965. Singapour était aussi et déjà un « hub maritime » important pour le trafic de containers, devenu depuis le 2ème plus grand port au monde derrière Shanghai. Une place idéale pour les déménageurs.

Avec l’aide d’amis partenaires financiers, Jean-Jacques Borgstedt rachète une première entreprise (K.C.Dat) à Singapour en 1975. Au même moment, Caterpillar Overseas l’envoie à Hong Kong pour déménager une centaine de personnes de leur personnel. Il en profite pour créer là encore, un bureau et développer ses activités.

Toute la région était dominée par les américains. Depuis la guerre du Vietnam, une grande partie des américains étaient restés sur place. Tout était encore vierge en terme de business. C’est à ce moment que j’ai créé une nouvelle société à Hong Kong.

A chaque fois, Jean-Jacques Borgstedt rachète ou créé ses sociétés en Asie avec plusieurs autres actionnaires à ses côtés. Son meilleur ami Yann WILSON, déménageur australien de Melbourne sera à ses côtés dans toutes ses sociétés.

Homme de réseaux, J-J. Borgstedt est fidèle en affaires comme en amitié. Il aide désormais la nouvelle génération à s’établir en Asie, comme le Genevois Yves Bouvier patron du jeune port-franc de Singapour, dont Jean-Jacques Borgstedt est co-propriétaire. Avec son réseaux de partenaires asiatiques et américains, Jean-Jacques Borgstedt a finalement construit un groupe de transporteurs implanté dans 14 pays. Il emploie 1369 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de 115 millions de dollars en 2012. Chapeau Bas Monsieur Borgstedt… Précurseur des entrepreneurs suisses depuis la création de la république de Singapour.

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