La mutation du travail horloger

Cet article a été publié dans le quotidien suisse Le Temps le 10 octobre 2014.

Les technologies introduites par les montres connectées et la généralisation des machines bouleversent les métiers de l’horlogerie. La part de l’artisanat recule au profit des machines.

Marc* est horloger en Suisse depuis plus de 20 ans. Il a exercé dans les grandes maisons de la place et connaît parfaitement le métier de l’horlogerie. Pour lui, l’évolution des dernières années annonce un changement radical dans la profession : « Aujourd’hui, dans le secteur montre, beaucoup de pièces sont usinées avec des commandes numériques. Les éléments qui nous arrivent en atelier sont quasiment terminés, le travail des horlogers se réduit de plus en plus…». De fait, les machines à commande numérique (CNC) présentes dans les manufactures depuis des années, se sont sophistiquées et peuvent réaliser jusqu’à 300 étapes dans la fabrication de la montre, avec 96 outils différents.

«Une montre qui demandait des centaines d’heures de travail à la main auparavant, est réalisée aujourd’hui beaucoup plus rapidement grâce à la mécanisation. Toutes les marques cherchent à réduire le temps de travail manuel et donc les coûts de fabrication. Le métier n’est plus artisanal, il est devenu financier. Les apprentis qui arrivent aujourd’hui dans les manufactures ne feront plus le métier comme avant. A moins de se mettre à leur propre compte » ajoute Marc.

Pour autant, ces machines vont-elles un jour remplacer la main de l’homme d’un bout à l’autre de la chaine de fabrication ? L’entrepreneur Peter Stas est catégorique : « Non, les horlogers ne vont pas disparaître. On ajoute de nouvelles compétences, sans remplacer les anciennes… ». Fondateur et PDG de la marque Frédérique Constant, lancée en 1997, Peter Stas est hollandais. Passé par Havard, il incarne la nouvelle génération des dirigeants formés dans les business schools : « J’ai travaillé à New York et Hong Kong, notamment pour Philips, avant de m’installer à Genève. Le monde évolue vite. Il est temps que la Suisse se réveille ! Si on veut garder notre place, il faut accepter le changement. Par exemple, la montre connectée est un événement majeur pour notre branche. Il ne faut pas minimiser cette innovation en pensant qu’elle ne touchera pas nos métiers de l’artisanat ou notre industrie horlogère. C’est une nouvelle ère qui commence » ajoute l’entrepreneur.

* Marc est un prénom d’emprunt.

Découvrez l’intégralité de cet article sur le site internet du journal LE TEMPS.

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