L’histoire du jeûne alimentaire, au-delà des modes.

C’est une histoire vieille comme le monde. Mais nous l’avons oubliée.

Pendant des millénaires, l’être humain s’est alimenté en abondance l’été et a souvent été contraint de jeûner l’hiver, faute de nourritures disponibles dans la nature. L’essor de l’agriculture, puis l’industrialisation, ont inversé cette tendance mais pendant des milliers d’années « l’été, l’homme stockait des graisses dans son corps, c’était la période d’abondance, suivi d’une période de carences l’hiver ou nous consommions nos propres graisses ».

Françoise Wilhelmi co-dirige la clinique Buchinger avec son mari

Ce mécanisme du jeûne alimentaire chez l’homme, est rappelée par Françoise Wilhelmi de Toledo dans son livre « L’art de jeûner ». Genevoise d’origine et médecin de formation, Françoise Wilhelmi dirige la clinique Buchinger Wilhelmi en Allemagne avec son mari Raimund Wilhelmi, petit-fils d’Otto Buchinger, fondateur de la clinique du même nom. Cet établissement créé en 1953, est devenu la référence occidentale du jeûne thérapeutique sous surveillance médicale. L’histoire remonte au début du 20ème siècle : Otto Buchinger, médecin (comme Françoise Wilhelmi) était condamné à l’invalidité et à une vie de souffrances par une polyarthrite rhumatoïde dont il a guéri en 19 jours de jeûne en 1919. Cette abstinence alimentaire, qui lui « a sauvé la vie », sera le point de départ de ses recherches autour du jeûne comme thérapie médicale.

Aujourd’hui, Buchinger Wilhelmi accueille chaque année 5000 patients venus des 5 continents. 80% des clients jeûnent (au minimum 6 jours d’affilée), les 20% restants suivent un programme d’alimentation hypo-calorique de 800 calories par jour, baptisé « détox créative » ou encore « jeûne modifié ».

Le jeûne : une pratique ancestrale que les scientifiques redécouvrent

« L’histoire récente du jeûne est jalonnée de polémiques et de découvertes passionnantes, mais nous ne sommes encore qu’au tout début de notre compréhension scientifique du jeûne » commente la directrice de Buchinger. Celle-ci rappelle les différentes approches lancées ces 50 dernières années : « il y a eu la polémique des « bilans azotés négatifs » (Negative Nitrogen Balance) dans les années 1950 et 60. On pensait alors que les jeûnes provoquaient une modification dangereuse du niveau des protéines dans le corps » explique Françoise Wilhelmi. Le doute envahit l’opinion publique : le jeûne serait-il donc nocif pour l’homme ? Les années 70 et 80 voient le développement du VLCD : Very Low Calory Diet avec 500 calories par jour, un mouvement qui fait fureur aux Etats-Unis pour ceux qui veulent maigrir. Des formules commerciales inondent alors le marché comme « Optifast » (toujours commercialisé aujourd’hui) : des substituts de repas hyper-protéinés qui selon Françoise Wilhelmi « font les mauvais choix car ils contiennent trop de protéines ».

Dans les années 1990 et 2000, c’est au tour du « jeûne intermittent » de faire la « une ». Comme avec la formule 5:2 : 5 jours d’alimentation équilibrée suivis de 2 jours de restriction calorique à 500 calories par jour (à forte dominante végétale, sans féculents ni pain). Ou encore le « 16:8 » : on mange tous les jours sur une plage de 8h d’affilée puis on s’abstient de manger les 16h suivantes.

Dernière tendance, venue cette fois du monde scientifique : le FMD : Fasting Mimicking Diet, ou la « diète qui imite le jeûne ». Concept inventé par le chercheur Valter Longo, nouvelle icône américaine de la longévité et de l’alimentation. Basé à Los Angeles, ce biochimiste a scientifiquement prouvé que les organes en période de jeûne vivent en meilleure santé et plus longtemps. Devant le succès de ses recherches, Valter Longo a lancé sa propre entreprise d’accompagnement alimentaire pour les personnes en surpoids ou atteintes de maladies chroniques (diabète, hypertension… maladies cardio-vasculaires). Il suit la tendance pharmaceutique qui voit dans l’épidémie de surpoids et d’obésité qui touche l’occident, l’opportunité de lancer sur le marché de nouveaux produits comme des « pillules magiques » pour maigrir (Autophagy Boast ou encore AMPK Activator).

Dans le même ordre d’idée (maigrir sans effort en avalant un cachet), on peut encore citer les « Ketone mimicking molecules » : des pillules censées provoquer l’état cétonique dans le corps. Le régime cétonique (riche en graisses et pauvre en glucides) est d’ailleurs une autre tendance alimentaire plébiscitée par les scientifiques. Ici, pas question de jeûne : la diète cétogène est à base de graisses (90%), un peu de protéines (8%) et surtout très peu de glucides (2%). Ajoutez de l’exercice physique quotidien, le tout entraine alors une production de corps cétoniques issus de la graisse stockée dans le corps pour nourrir le corps et le cerveau. Cette diète, contraignante car contenant peu de glucides, intéresse particulièrement les scientifiques; ceux-ci observent une nette baisse des marqueurs (les précurseurs) des maladies liées à l’âge (maladies neurodégénératives comme Alzheimer, mais aussi les cancers, l’épilepsie, les troubles du métabolismes…) lorsque ce régime est adopté.

Finalement, toutes ces approches alimentaires inspirées du jeûne, et le jeûne lui-même peuvent-ils vraiment être efficaces pour lutter contre les maladies ? Si oui, lesquelles ?

Découvrez les réponses à ces questions dans l’épisode 2 de notre série sur le jeûne…

Le jeûne intermittent : pourquoi un tel succès ?

Jeûner : de 1800 à 0 calories…

Le jeûne efficace pour quelles maladies ?

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