Les alicaments ou la Nutraceutique : bon pour la santé ?

On les appelle « alicaments » en France ou « aliments fonctionnels » dans les pays anglo-saxons. La nutraceutique (nutrition et pharmaceutique) est un marché mondialisé estimé à 200 milliards de dollars (1). Fabriqués à partir d’aliments naturels et commercialisés sous forme de poudre, de pilules, de compléments, ces ingrédients englobent les vitamines, les compléments alimentaires, oméga3, algues, minéraux. La nutraceutique se veut bénéfique pour la santé, mais l’est-elle vraiment ? Pouvons-nous nous en passer ?

 

Aliment naturel et fonctionnel : la frontière s’estompe…

En Suisse comme en Europe, la population est de plus en plus informée : « les gens veulent sont attentifs et veulent manger sain » commente Yasemin Ozdemir. Cette analyste chez Innova Market Insights a étudié les comportements alimentaires dans 78 pays, dont la Suisse (2). « Les consommateurs se supplémentent eux-mêmes. C’est nouveau. Ils mangent des graines régulièrement (amandes, graines de chia…) des compléments vitaminés (vitamine A,B,C, D) ou encore des protéines en poudre. Ces nouveaux comportements ont fait sortir des catégories entières d’aliments de leur niche » ajoute l’analyste. De fait, les boissons énergétiques ou barres de protéines qu’on ne trouvait auparavant qu’en salles de fitness, s’affichent dans la grande distribution. Et les compléments alimentaires sont considérés comme de la nourriture en soi. A l’inverse, des aliments classiques comme les crêpes ou les yaourts, sont « enrichis » par exemple en protéines : ils passent alors dans la catégorie des aliments « fonctionnels ». Aliment fonctionnel ou traditionnel : la limite n’est plus claire.

 

  1. Bannir le mauvais sucre, manger du bon gras et des protéines.

Autre tendance alimentaire en 2015 : le sucre ajouté dans les sodas et l’alimentation transformée est considéré comme le grand responsable du surpoids et des maladies associées (diabète). Conséquence : on supprime le sucre et on réhabilite le gras mais pas n’importe lequel : le bon gras riche en oméga 3 qu’on trouve dans les avocats ou les poissons gras (sardines, hareng, saumon…) et les huiles comme le colza. Même le vrai beurre est redevenu fréquentable !

Autres gagnantes de notre assiette en 2015 : les protéines. « Après les Etats-Unis, les produits laitiers enrichis en protéines du type Yaourt Grec, sont en plein boum en Europe » explique Yasemin Ozdemir d’Innova Market. « Et de nouvelles protéines arrivent : les insectes sont déjà commercialisés dans les rayons des supermarchés en Hollande et en Belgique. Mais à 10 euros les 150 gr et avec les freins psychologiques que l’on imagine, ces nouveaux ingrédients n’en sont encore qu’à leurs débuts ». En attendant les barres céréales à base de farine d’insectes, les protéines classiques comme les œufs, la viande blanche restent les plus recommandées.

 

  1. Des aliments fonctionnels vraiment bons pour la santé ?

« Bon pour la digestion, pour la concentration, lutte contre l’ostéoporose » ou encore « renforce le système immunitaire… » Tous ces messages, visibles sur les étiquettes de certains aliments, sont très réglementés en Europe. On les appelle des « allégations de santé ». Sur 44 000 demandes d’allégations, l’UE en a autorisé à ce jour 222 (3). Chaque allégation est le résultat de multiples tests et d’études scientifiques strictes exigées par les pouvoirs publics. Pour les seuls oméga 3, une moyenne de 80 études scientifiques était publiée chaque mois en 2014 (4). Même chose pour les algues comme la spiruline ou la chlorelle. Scientifiquement irréprochables, ces études ont cependant 2 faiblesses : elles déconnectent la consommation d’un aliment du contexte : l’environnement, le bagage héréditaire comme le mode de vie du consommateur. Par ailleurs, les mécanismes d’action des aliments entre eux sont encore mal connus, leurs bénéfices peuvent s’annuler. Ce qui fonctionne chez l’un peut n’avoir aucun effet chez l’autre. Mais nous restons tous égaux face aux stratégies marketing du secteur et devant la convergence naturel/fonctionnel : la nutraceutique est incontournable.

Cet article a été publié dans le magazine économique suisse BILAN le 27 mai 2015.

Nouveaux aliments : de quoi parle-t-on ?

Est considéré comme nouvel aliment ou « novel food » tout aliment qui n’était pas, ou très peu consommé dans l’Union avant 1997, date de l’entrée en vigueur de la loi européenne sur les nouveaux aliments. Les graines de chia, les algues (Chlorelle, Spiruline) font parti des nouveaux aliments. Le nouvel aliment le plus connu est probablement la margarine enrichie en phytostérols.

L’étude en détail

(1) Estimation Eurasanté :

Enquête Eurasantéactus

(2) Innova Market Insights : http://www.innovadatabase.com

(3) EFSA : la liste des allégations de santé sont consultables sur le site de l’UE : http://ec.europa.eu/nuhclaims/

(4) Source GOED : Global Organization for EPA & DHA Oméga3.

 

 

Le Bon Jus