Les Suisses et Singapour toute une histoire…

On a beaucoup écrit sur ce qui rapproche la Suisse et Singapour. Comment deux pays aussi petits peuvent-ils produire autant de richesses ? Singapour est un îlot face à la Chine, comme la Suisse l’est en Europe. Dans les deux cas, peu de ressources naturelles, un goût prononcé pour l’innovation ; une discipline et une place financière réputée. Tout cela est vrai. Mais au delà des super-riches et des banquiers, Singapour accueille aussi des centaines d’entrepreneurs suisses. The Swiss in Singapore beau livre sorti fin novembre en librairie retrace leur histoire depuis 200 ans. Voyage au sein de la communauté des nouveaux entrepreneurs de la « Suisse de l’Asie » …

Ce matin, un patron de banque suisse m’a dit : « En 2013, on a commencé à être raisonnable… »

Lunch time à Singapour, un entrepreneur suisse passe à table mais sous couvert d’anonymat : « Inutile de me citer. Tout le monde se connaît ici. On a vécu une vraie bulle entre 2004 et 2012. Les banques et les sièges des grandes boites européennes ont inondé Singapour de capitaux. Ils dépensaient sans compter ; c’était des années folles, les « années expatriés ».

« On en a tous profité, y compris les petits prestataires de services comme nous. Aujourd’hui, tout le monde resserre la vis et on revient à une situation économique plus normale. »

Cet entrepreneur suisse dit tout haut ce que tous ses congénères semblent penser tout bas. Depuis quelques mois, le secteur bancaire revient à la réalité. Quelques succursales ont fermé, celles qui restent sont considérées comme les plus sérieuses. Le 1er pays au monde pour la facilité à y faire des affaires (d’après la Banque Mondiale) subit aussi les pressions que Genève a connu sur sa place financière. Andreas Zangger, auteur du livre The Swiss in Singapore cite les analystes qu’il a rencontrés :

Sur les 150 banques internationales installées à Singapour, seules 10% sont profitables…

C’est peu. Mais c’est sans compter les 500 gestionnaires d’actifs privés. Pourtant, Singapour attire toujours autant. Et la communauté des Suisses domiciliés sur l’île ne cesse d’augmenter : de 1000 dans les années 90, ils sont maintenant 4000 à y résider dont environ 300 entrepreneurs.

Olivier Roth patron de Pro-Data, prestataire de services informatiques, partage son temps entre Genève et Singapour. Photo F. Laverriere.

Olivier Roth, patron de la société informatique Pro-Data, est arrivé en 2010 : « Je suis venu ici pour installer le système d’un de mes gros clients Suisses. Faire du business ici est facile et rapide. Du coup, je passe 50% de mon temps à Genève et 50% ici à Singapour ». Tous les entrepreneurs suisses vous le diront : quand on vient de la confédération, on est stupéfait par la rapidité des décisions administratives et leur exécution. « C’est une « dictature capitaliste business-friendly » qui fonctionne très bien. » ajoute Olivier Roth.

Oliviero Bottinelli 41 ans, dirige Audemars PIguet à Singapour et a ouvert 9 restaurants italiens sur l’ile. Photo F. Laverriere.

Même son de cloche chez Oliviero Bottinelli. Le charismatique patron d’Audemars-Piguet en Asie du sud-est vit à Singapour depuis 1997.

Singapour est un marché très qualitatif et représente le 7ème marché mondial pour l’horlogerie. Les asiatiques connaissent mieux les marques suisses que les Suisses. C’est même une obsession.

Les millionnaires de l’île et des pays voisins viennent régulièrement faire leurs emplettes chez lui. Entre son arrivée et aujourd’hui, il a multiplié les ventes par 10 et écoule 4000 montres chaque année. La montre la plus chère qu’il ait vendue ? 2,5 millions de francs suisses pour le sultanat voisin du Bruneï.

L’an passé, j’ai invité nos vingt meilleurs clients de la région à un diner. Ils venaient de Thaïlande, d’Indonésie, de Singapour et de Turquie aussi. A eux seuls, ils représentaient 537 de nos montres. Sachant que les prix vont au delà de 20 000 dollars pièce. Imaginez le montant total qu’ils représentent…

Les terrasses extérieures de l’hôtel Park Royal de Singapour. La nuit, le business continue…

L’argent bien sûr, mais aussi une politique très soutenue du gouvernement en faveur des entreprises, tout à Singapour pousse les Suisses à entreprendre. Oliviero Bottinelli voulait faire un MBA à l’Insead. Il a finalement créé sa propre entreprise en lançant un puis deux et désormais… neuf restaurants italiens dans la ville !

J’ai fait venir mon meilleur ami de Suisse en 2002 pour s’occuper de la cuisine. L’année prochaine, on se lance à Kuala Lampur, puis Jakarta et aux Philippines. On est les précurseurs de la cuisine italienne ici.

Une fois installés à Singapour, les entrepreneurs suisses, comme Oliviero Bottinelli étendent leur réseau à toute la région Asie du sud-est. Découvrez-les ici !

Carte de Singapour. Graphisme C. Kerbrat

Cet article a été publié dans le magazine BILAN le 11.12.13

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