Nick Day : cet ancien espion dirige Diligence à Genève

Après treize années au service de sa majesté, cet ancien espion britannique a fondé « Diligence », société de renseignement économique. Installé à Genève avec sa famille depuis 2008, il nous parle de son métier et des « lanceurs d’alerte » comme #Snowden.

D’abord commando dans le SBS, l’unité spéciale de la Royal Navy, Nick Day a combattu pendant neuf ans en Irak, en Bosnie et a mené des missions très secrètes. « J’ai adoré cette période de ma vie. J’étais jeune, je voyageais, j’étais dans l’action. » Fils de mathématicien, professeur à Oxford, Nick Day n’était pas fait pour les études. « Mon père me disait toujours : toi, tu veux de l’aventure, mais tu as besoin de discipline. La meilleure chose que tu as à faire, est de rejoindre l’armée. Il avait raison. » Nick Day est un agent secret créatif, qui aime explorer de nouveaux territoires. En 1996, il se fait muter à Londres, dans les bureaux du contre-espionnage le MI5. « J’y faisais un travail d’analyse, mon métier consistait à trouver de l’information et à la protéger. C’était très intéressant. » Après quatre ans, Nick Day ressent l’envie d’une nouvelle aventure. L’espion prend alors un virage audacieux, en quittant l’armée britannique et une carrière toute tracée, pour devenir entrepreneur.

Nick Day, fondateur de Diligence emploie 70 salariés dans le monde. En 2015, elle réalisait un chiffre d’affaires de 20 millions de francs suisses. Photo Frédéric Laverriere.

« J’ai créé Diligence en l’an 2000, avec un ami américain, ancien de la CIA, pour faire du renseignement économique. On voyait de plus en plus d’entreprises occidentales faire du business dans les pays émergents et être confrontées à la corruption ou la fraude. Elles avaient besoin d’aide. ll y avait un marché à prendre ! »

De la simple « Due Diligence » (vérification avant l’acquisition d’une entreprise) aux longues enquêtes sur des détournements de fonds, des malversations, le champ d’action de Diligence est mondial.

On opère dans tous les pays émergents. Après les BRIC : Brésil, Russie, Inde et Chine, on voit arriver la deuxième vague de pays émergents comme le Vietnam, l’Indonésie, le Mexique, la Mongolie. Les prochains seront l’Angola, la Birmanie…

Pour enquêter, Nick Day a mis au point sa propre méthode, un mélange de psychologie et de renseignements et des techniques de l’armée adaptées au monde économique : « avec cette approche, on peut travailler dans n’importe quel environnement étranger. Par exemple, nous savons trouver le vrai bénéficiaire d’une société cachée dans les iles Caïman ou ailleurs, nous savons démasquer les fraudeurs, où qu’ils soient. » A Londres, Diligence a créé un laboratoire d’experts en « computer forensic » : l’investigation numérique légale, capables de reconstituer des données effacées sur un ordinateur.

L’informatique et internet sont des outils essentiels pour l’équipe de Diligence. C’est par les réseaux sociaux que Diligence identifie ses sources : les fameux « lanceurs d’alerte » (Wistle Blowers en anglais), dont les plus célèbres sont récemment issus de l’armée et des renseignements : Bradley Manning (à l’origine des milliers de câbles diplomatiques dévoilés par Wikileaks) est un ex-gradé de l’armée américaine. Edward Snowden, ancien employé de la CIA, et qui fait l’actualité des jours-ci, a révélé l’existence d’un gigantesque système de surveillance américain baptisé Prism.

Ces sources sont la plupart du temps, des employés honnêtes qui travaillent dans un contexte malhonnête et le supportent mal.

Nick Day et son équipe d’enquêteurs identifient leurs sources sur internet et les réseaux sociaux. Photo F. Laverriere.

Nick Day appelle son approche : « Science et Art ».

« La science consiste à identifier les gens qui ont accès à l’information que nous cherchons. Nous les localisons grâce à leurs activités sur LinkedIn, Facebook, et en recoupant des données. L’art est ensuite de savoir les approcher et de les convaincre de parler. Nous contactons toujours nos cibles sous une fausse identité. Nous devons faire très attention à protéger ces personnes. Car ils sont très courageux quand ils se mettent à parler ».

Pour constituer son équipe d’enquêteurs, Nick Day a vite renoncé aux profils qu’il côtoyait dans l’armée.

« Nous recrutons de jeunes diplômés, avocats, journalistes d’investigation, analystes économiques. Nous avons même un Prince non-régnant : Michel de Yougoslavie. Il est aristocrate et comprend très bien les problèmes géopolitiques en Europe. Il nous ouvre beaucoup d’accès dans les pays de l’est. »

Au total, Diligence compte 70 salariés répartis dans 4 villes : Genève, Londres, Moscou et Sao Paulo. La géopolitique est pour Nick Day, une des clés des conflits économiques.

« Regardez la Russie. C’est un grand pays, peu peuplé. Ses frontières ne sont pas bordées par une mer ou une jungle. Techniquement, c’est facile d’envahir son territoire en quelques heures. Pour assurer leur sécurité, les russes ont besoin d’exercer une forte influence autour de leur territoire, en faisant par exemple pression sur leurs voisins, dépendants d’eux sur le plan énergétique (en gaz). Cela affecte la concurrence économique et les compagnies énergétiques qui voudraient opérer dans ces régions satellites de la Russie. Nous avons plusieurs de nos clients concernés par cette problématique, notamment en Ouzbékistan. »

Pour Nick Day, la géopolitique est une des clés de l’analyse d’un conflit économique.

Nick Day cite encore le cas d’un investisseur allemand, qui a fait appel à ses services « Ce client avait acheté 50% d’une entreprise mexicaine de télécommunications. Un jour, il a commencé à suspecter son associé mexicain de détournement. Celui-ci achetait des entreprises locales 5 fois le prix de leur valeur estimée sur le marché. L’argent était versé sur le compte d’une société panaméenne. Au terme d’une enquête fouillée, nous avons pu prouver que le vrai bénéficiaire de cette société panaméenne, était en réalité l’associé mexicain de notre client, qui avait détourné des dizaines de millions. Mais pendant notre enquête, le frère de cet associé véreux, s’était fait élire gouverneur de la province où était basée l’entreprise au Mexique. La situation s’était complexifiée. Nous avons alors conseillé à notre client de déclencher une enquête internationale et de faire de la publicité autour de ce problème. C’est ce qu’il a fait. Il a mis la pression à son associé en étalant l’affaire publiquement et a pu entamer des négociations…

Aventurier économique, l’entrepreneur britannique a choisi la Suisse pour poser ses valises avec sa femme et ses trois enfants. « La Suisse conserve beaucoup d’atouts économiques. C’est un pays très stable. Nous sommes venus à Genève pour ces raisons et parce que j’avais besoin d’avoir un pied au centre de l’Europe. Le marché anglais était trop loin. » Diligence ne fait aucune publicité, c’est le bouche à oreille des clients et les résultats qui comptent. Depuis 2008, Nick Day a découvert un nouveau genre de voleurs : des avocats, banquiers ou comptables, se mettent à voler dans leur société, où acceptent de travailler avec des criminels.

C’est un tout petit pourcentage de ces professions qui est concerné, mais quand ils passent à l’action, ils font de grands vols. Car ils savent comment utiliser les sociétés et cacher les preuves.

Avec la crise, Nick Day assure que les affaires fleurissent… « Notre business va à l’encontre des cycles économiques. Plus il y a de fraudes et de corruptions dans l’économie, plus il y a de demandes de solutions et donc de travail pour nous. » Vive la crise ? On voudrait le croire…

Nick Day : fondateur & CEO de DILIGENCE

70 employés

20 millions CHF de chiffre d’affaires en 2015

Marié, 3 enfants.

Bureaux à Genève, Londres, Moscou, Sao Paulo.

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