Philippe Jabre : financier résilient

Il a traversé toutes les crises et se définit comme un survivant. Né au Liban, Philippe Jabre a fait ses études en France et aux Etats-Unis. Après 20 ans dans la finance à Londres, il a créé son propre hedge fund à Genève il y a sept ans. 2013 fut pour lui une « très bonne année » qui a effacé les mauvais souvenirs de 2011.

4h du matin, il se lève pour travailler sur les marchés asiatiques. A 8h, il a déjà lu toutes les infos et envoyé des centaines d’ordres. Philippe Jabre est constamment connecté au marché. Il écoute, analyse et comme une éponge, il absorbe les bonnes et les mauvaises nouvelles.

Quand on vient d’un pays comme le Liban, on est sans doute plus résilient. On encaisse mieux les chocs car on en a connu plus dans l’enfance. La bourse est un monde violent, il faut savoir gérer ses amplitudes et les dépasser.

Homme de décisions, Philippe Jabre aime la performance et les résultats mais il parle toujours de long terme.

Il faut regarder la tendance générale plutôt que la valeur immédiate. Aujourd’hui, je vois les jeunes pressés. Ils cherchent la gratification instantanée, mais il faut savoir être patient et allonger le pas. Dans notre métier, l’expérience et les années comptent beaucoup.

Le temps et les cycles. La vision de Philippe Jabre va de cycle en cycle et ses souvenirs de crashs en crashs : celui de la bourse en 1987, des taux d’intérêts en 94, jusqu’à la crise de 2008. Mais lui est toujours là.

Je suis passé par le boum de la bourse, puis le crash, et maintenant le boost des banques centrales. La situation économique est positive aujourd’hui, la crise a fait du ménage et permis de démasquer les tricheurs. C’est une bonne chose. Mais on a eu tellement de mauvaises nouvelles que les investisseurs sont devenus craintifs. Il y a un rationnel négatif qui s’est installé dans les mentalités…

Philippe Jabre est confiant. Les banques centrales ont administré un traitement de choc au malade (le marché) qui s’est remis debout et recommence à marcher. Jabre Capital Partners affiche aujourd’hui 2 milliards sous gestion et un rendement entre 20 et 40% en 2013.

Les années devant nous seront bonnes mais avec des rendements plus bas entre 10 et 15%. Tout est une question de cycle. J’ai commencé ma carrière comme employé dans une banque, puis je suis devenu associé dans une structure plus petite, et j’ai finalement créé ma propre entreprise. J’ai mis mon nom sur la porte. C’est le cycle final. Cela me donne beaucoup de liberté, de souplesse aussi dans mes mouvements. C’est une immense satisfaction.

An investor looks at an electronic board showing the stock information at a brokerage house in Hefei, Anhui province September 25, 2008. China’s benchmark stock index rose more than three percent in early trade on Thursday to its highest in three weeks, buoyed by share buybacks by state-owned firms and by signs of progress in market reforms. REUTERS/Stringer (CHINA). CHINA OUT. NO COMMERCIAL OR EDITORIAL SALES IN CHINA.

Philippe Jabre a l’image d’un financier qui prend des risques. Il assume. « Le monde est rempli de gens qui veulent de la performance sans prendre de risques. Mais il n’y a pas de performances possibles sans risques. » Son ordinateur au milieu des autres dans l’open space, il partage, donne des ordres et exerce son esprit de synthèse pour expliquer les grands mouvements du marché.

Je suis venu à Genève car beaucoup de mes clients dont je gérais les portefeuilles à Londres vivaient ici. J’ai un grand respect pour la rigueur financière des Suisses. Ici, il n’y a pas de déficit. Mais la Suisse a un défi à relever : que veut-elle faire de sa banque privée ? La direction n’est pas claire. J’ai l’impression parfois que la manière dont le système politique fonctionne en Suisse empêche un leadership fort et visionnaire. Les autorités devraient adopter des positions plus fortes.

A 53 ans, Philippe Jabre commence à redistribuer. Son association APJ finance des universités et des bourses d’étudiants au Liban. Il se rend régulièrement dans son pays natal avec sa femme et ses quatre enfants. Retour aux sources naturel pour boucler le cycle.

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